Les cercles du dicible : ce qu’on ose dire de ce qui va mal dans son couple
Par Charlotte Creplet, thérapeute relationnelle spécialisée en sexologie et chercheuse en psychologie (ULB)
Il y a, dans toute relation, des moments déplaisants : des désaccords, des disputes, parfois des maltraitances plus ou moins fortes. C’est ce que j’appelle le négatif de l’intimité. Et la question n’est pas seulement de savoir ce qui se passe, mais aussi ce qu’on s’autorise à en dire, à qui, et quand.
Les cercles du dicible sont un outil simple pour faire le point là-dessus. La question de départ est la suivante : comment est-ce que je raconte le négatif de mon intimité ?

Trois zones, de la parole libre à la solitude
L’outil représente trois cercles emboîtés. Plus on s’éloigne du centre, plus la solitude ressentie augmente.
La zone de partage libre
À propos du négatif de mon intimité, je m’autorise à raconter tout ce que j’ai besoin de raconter, à qui j’ai besoin de le raconter, et quand j’en ai besoin. Je n’ai pas honte que ce négatif existe dans mon couple, et je me sens capable d’y réagir.
Ce qui est utile ici : en profiter, et rester vigilant·e à exprimer ses besoins et ses frustrations.
La zone d’embarras
Je m’autorise à raconter presque tout ce que j’ai besoin de raconter, uniquement à mes proches à qui j’ose en parler, et après y avoir réfléchi à deux fois. J’ai un peu honte que ce négatif existe dans mon couple, et je me sens presque toujours capable d’y réagir.
Le risque : l’embarras, le renfermement, la solitude, la dépression. Ce qui est utile ici : en parler, à des proches ou à un professionnel.
La zone de danger
Je ne m’autorise à raconter que ce qui ne me fait pas honte. Je cache des choses, et il m’arrive d’inventer. J’en parle à des proches qui ne savent qu’une partie de la vérité, et seulement quand je n’en peux vraiment plus. J’ai honte que ce négatif existe dans mon couple, j’ai peur que les gens le découvrent, et je me sens de moins en moins capable d’y réagir.
Le risque : une issue dramatique, qu’il s’agisse de dépression, de maladie, de violence ou de suicide. Ce qui est utile ici : se protéger, demander de l’aide à ses proches et/ou se tourner vers un professionnel.
Comment l’utiliser
Prenez le temps de lire les trois zones, et demandez-vous honnêtement dans laquelle vous vous trouvez aujourd’hui. Il n’y a pas de bonne réponse : on peut passer d’une zone à l’autre selon les périodes, ou selon le sujet.
Ce qui compte, c’est de repérer le mouvement. Si vous constatez que vous parlez de moins en moins, à de moins en moins de personnes, c’est un signal à prendre au sérieux.
Si vous vous reconnaissez dans la zone de danger, ne restez pas seul·e. Parlez-en à quelqu’un en qui vous avez confiance, ou tournez-vous vers un professionnel. Vous trouverez quelques contacts dans cette liste de professionnels de la santé.